Trois tours dominant une ville miniature sous une loupe, métaphore du marché des agents IA concentré sous surveillance du régulateur

Agents IA : trois acteurs tiennent 84 % du marché

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Le secteur des agents d’IA n’a pas trois ans d’existence commerciale, et il présente déjà le profil de concentration d’un marché mûr. C’est le constat central de l’avis 26-A-05 que l’Autorité de la concurrence a publié le 17 juillet : malgré une multitude d’éditeurs, OpenAI, Google et Anthropic concentrent à eux trois plus de 84 % du secteur. Le régulateur français, qui avait déjà ausculté le cloud puis l’IA générative, s’attaque cette fois à la couche qui monte, celle des systèmes qui planifient et exécutent des tâches au lieu de converser.

Un marché jeune, déjà verrouillé comme un ancien

Le paradoxe que documente l’avis mérite qu’on s’y attarde. Les agents d’IA passent du statut d’outil conversationnel à celui de système autonome capable de coordonner plusieurs tâches, et cette bascule s’accompagne de barrières d’expansion bien identifiées : accès aux données, coût des migrations techniques, interopérabilité limitée entre plateformes. Autrement dit, les mécanismes qui ont verrouillé le cloud en dix ans se remettent en place ici, mais en accéléré.

L’Autorité pointe aussi un avantage structurel des grands écosystèmes installés : leurs agents arrivent pré-intégrés dans les outils du quotidien, Copilot dans la suite Office de Microsoft, Gemini dans Android, Meta AI dans WhatsApp. L’agent qu’on utilise n’est alors plus celui qu’on a choisi, c’est celui qui était déjà là. Cette gravité de l’écosystème pèse sur chaque arbitrage d’équipement, et elle explique pourquoi le choix d’une IA pour son entreprise se joue moins sur les benchmarks que sur la question de qui contrôle la porte d’entrée.

La plateformisation, rejouée à l’étage du dessus

Le scénario qui inquiète le régulateur porte un nom : la plateformisation. Si les standards techniques du secteur finissent gouvernés par un acteur unique, on retrouve les risques connus des places de marché, désintermédiation des fournisseurs, discrimination dans les résultats, contrôle de la visibilité. Le commerce agentique, où un agent compare et achète à votre place, cristallise la crainte : pas disponible en France à ce jour, il pourrait selon l’avis concentrer l’activité autour de quelques acteurs et rendre les achats opaques, y compris pour les directions qui délégueront leurs approvisionnements courants à un agent.

Les recommandations restent mesurées : appliquer la réglementation existante, favoriser l’interopérabilité et la portabilité, défendre des standards ouverts. Pas de nouvelle contrainte, mais un signal de surveillance posé tôt, avant que les positions ne se figent.

Ce que l’avis change à votre prochain contrat

Pour une organisation qui s’équipe, l’avis fournit surtout une grille de lecture. Un marché à 84 % entre trois mains, des coûts de migration élevés et des standards encore mouvants : chaque contrat d’agent IA signé aujourd’hui engage plus qu’un abonnement, il choisit un écosystème dont il sera coûteux de sortir. La question du plan de secours face à la dépendance fournisseur cesse d’être théorique quand le régulateur lui-même documente le verrouillage en cours.

Trois réflexes découlent directement des constats de l’avis. Exiger la portabilité des données et des configurations dès la négociation, quand le rapport de force est encore favorable. Privilégier les briques qui s’appuient sur des standards ouverts, le protocole MCP en tête, plutôt que les intégrations propriétaires équivalentes. Et documenter ses flux critiques pour savoir ce qu’une migration coûterait, avant d’avoir à la subir. Le régulateur observe le marché ; à chaque acheteur d’en tirer les conséquences dans ses clauses.

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