Compteur lumineux au-dessus de petits robots au travail, illustrant la facturation à l'usage des agents Microsoft Copilot

Copilot passe au compteur : le réglage à vérifier avant le 2 novembre

« L’usage précoce ouvre naturellement la voie à une consommation accrue, à des discussions de vente additionnelle […]. » La phrase ne vient pas d’un analyste critique mais de Microsoft, dans une note adressée à ses revendeurs le 16 septembre. Elle explique pourquoi, à partir du 2 novembre, les nouvelles licences Copilot Business achetées chez un revendeur arriveront avec la facturation à l’usage activée par défaut, autrement dit avec un compteur de crédits Copilot déjà ouvert.

Neuf jours plus tard, l’éditeur a présenté la nouvelle version de Copilot, qu’il appelle désormais Microsoft Copilot tout court, et surtout son nouveau modèle de prix. Le principe tient en une phrase : l’abonnement par utilisateur couvre l’usage courant, et tout ce qui ressemble à un agent autonome se paie en plus, à la consommation.

L’abonnement reste, le compteur s’ajoute par-dessus

Rien ne disparaît de la licence. Microsoft 365 Copilot reste facturé 26 euros HT par utilisateur et par mois en engagement annuel, et la formule Copilot Business, destinée aux structures plus petites, descend à 15,60 euros HT en promotion jusqu’au 31 décembre, au lieu de 18,20. Elle comprend le chat, l’assistant dans Word, Excel, PowerPoint, Outlook et Teams, et le choix du modèle. Selon Microsoft, GPT-5.6 et Sonnet 5 y sont inclus, Opus 5 aussi « avec des limites ». Les plus gros utilisateurs recevront un avertissement, puis le choix entre repasser en sélection automatique du modèle ou payer en crédits. Aucun seuil n’est publié.

Tout le reste bascule au compteur : Cowork, l’agent qui exécute une tâche de bout en bout, Code, qui fabrique une application ou un tableau de bord à partir d’une simple description, Autopilot, un agent permanent doté de sa propre identité dans l’entreprise, et les modèles haut de gamme Fable d’Anthropic et Astra d’OpenAI. Ces services exigent la licence : les deux coûts s’additionnent, ils ne s’excluent pas.

Home, Code et Autopilot arrivent d’abord chez les clients inscrits au programme d’accès anticipé Frontier, sans garantie de niveau de service ni support standard. Ce que chaque formule Copilot débloque aujourd’hui reste donc valable. C’est la couche du dessus qui change de modèle économique.

Une préparation de rendez-vous client coûte de 2 à 5 euros

Le crédit Copilot vaut 0,01 dollar en paiement à l’usage. En France, Microsoft le vend aussi par packs de 25 000 crédits à 173,30 euros HT par mois, soit 0,69 centime HT le crédit. Reste à savoir combien en consomme une tâche. Le guide des crédits publié en septembre donne des fourchettes pour Cowork, en précisant qu’il s’agit d’estimations grossières.

Copilot Cowork · crédits par tâche
Ce que coûte une tâche confiée à l’agent
Estimations publiées par Microsoft, converties en euros au tarif du pack français
TâcheExemple donné par MicrosoftCréditsestimésCoûten euros HT
LégèreRédiger le point hebdomadaire de l’équipe, avec mes priorités et les réunions clés tirées de mon agenda100 à 3000,69 à 2,08 €
MoyennePréparer un rendez-vous client : note de synthèse tirée des emails, de l’agenda et des fichiers récents, tableur des ventes et présentation300 à 7002,08 à 4,85 €
LourdeAnalyser six mois de données d’usage d’un produit et produire un rapport pour la directionplus de 700plus de 4,85 €
Source : Microsoft Copilot Credits Guide, septembre 2026 (« estimations grossières »). Conversion BGT : 173,30 € HT les 25 000 crédits, soit 0,69 centime HT le crédit.
BGT Consult AI

Le calcul change d’échelle dès qu’on le multiplie. Une équipe commerciale de 20 personnes qui confie à Cowork deux préparations de rendez-vous par semaine chacune consomme entre 52 000 et 121 000 crédits par mois. Au tarif du pack, cela représente de 360 à 840 euros HT mensuels, à comparer aux 520 euros HT de licences pour ces mêmes 20 personnes. Le compteur peut coûter plus cher que l’abonnement.

Pour Code et Autopilot, en revanche, aucun barème n’existe encore. Microsoft précise seulement que la fabrication d’une application se facture dès sa création, pas à sa mise en service.

Chez les grands comptes, rien ne coule sans politique de dépense

Côté grands comptes, le garde-fou principal est clair : les services facturés à l’usage « restent désactivés tant qu’un administrateur n’a pas créé de politique de dépense », et rien n’est facturé avant. Cette politique se règle dans le centre d’administration Microsoft 365 : budget pour toute l’organisation ou par groupe, plafond par personne, alertes à l’approche d’un seuil, et comportement à l’arrivée au plafond (simple avertissement, demande de rallonge ou blocage).

Le blocage n’a rien de symbolique. La documentation d’administration est sans ambiguïté : une fois la limite atteinte, les utilisateurs perdent l’accès aux agents et services jusqu’au 1er du mois suivant. Sauf rallonge accordée par un administrateur, une équipe qui épuise son budget le 12 travaille sans agent pendant près de trois semaines.

Copilot Business arrive avec le compteur déjà ouvert

Les petites structures n’ont pas droit au même point de départ. La note de Microsoft aux revendeurs prévoit qu’à partir du 2 novembre, toute nouvelle licence Copilot Business achetée chez un revendeur inclut le paiement à l’usage par défaut, abonnement Azure compris, pour Cowork et les interfaces de programmation qui donnent accès aux données de travail. Une limite mensuelle est prévue, sans que son montant soit publié. Selon l’analyste Tom Arbuthnot, qui cite une notification administrateur de Microsoft, la même règle s’applique aux achats directs dès le 19 octobre.

L’entreprise qui signe ou renouvelle ses licences Copilot Business cet automne a donc intérêt à demander à son revendeur quelle limite a été posée, et qui peut la modifier. C’est précisément la conversation que Microsoft espère voir déboucher sur davantage de consommation.

Trois réglages pour tenir ses crédits Copilot

La politique de dépense ne suffit pas si elle garde ses réglages d’usine. Trois points méritent un passage dans la console avant que Code et Autopilot n’arrivent :

  • Un budget limité, avec un plafond par personne. Sans plafond individuel, un seul utilisateur enthousiaste peut consommer l’enveloppe du service entier. Les alertes par utilisateur préviennent avant la coupure.
  • L’ajout automatique des nouveaux services, à désactiver. Ce réglage est actif par défaut : une politique créée pour Cowork intégrera d’office Code, Autopilot et tout service futur, sans que personne n’ait examiné leur coût. Les ajouter un par un laisse le temps de les chiffrer.
  • Le choix entre prépayé et paiement à l’usage. Les crédits prépayés sont toujours consommés en premier. Le préachat annuel ouvre des remises de 5 à 20 % selon le volume, mais les crédits non utilisés expirent à la fin de l’année.

La logique rejoint celle que nous décrivions pour les modèles de Claude facturés au jeton : le prix unitaire compte moins que le réglage qui décide combien on en consomme.

La question des données reste ouverte en Europe

Un point juridique précède le point financier. Les modèles d’Anthropic intégrés à Copilot sont, selon la documentation Microsoft, exclus de la frontière de données européenne, l’engagement de Microsoft de stocker et traiter les données dans l’Union. Ils sont donc désactivés par défaut chez les clients européens. Or le guide des crédits de septembre liste l’activation d’Anthropic parmi les prérequis de Cowork. Tom Arbuthnot affirme que cette dépendance a été levée depuis ; aucun texte de Microsoft ne le confirme encore. Pour certains modèles Fable, comme Fable 5.0, désactivés par défaut eux aussi, c’est Anthropic, et non Microsoft, qui conserve les échanges jusqu’à 30 jours, hors du contrat de traitement des données de Microsoft.

Avant d’ouvrir Cowork, la direction juridique doit savoir quel modèle tournera derrière et où partent les données. C’est une question à poser avant de fixer un budget, pas après.

Microsoft facture l’agent avant d’en afficher le prix

Microsoft défend son choix avec une pique adressée à ses concurrents : « Certains éditeurs mettent le travail quotidien avec l’IA au compteur. Nous pensons que c’est une mauvaise affaire. » L’argument tient pour le chat et l’assistant dans la suite bureautique, qui restent au forfait. Il tient moins pour ce que Microsoft présente comme l’avenir de Copilot, les agents qui travaillent seuls, dont deux sur trois n’ont pas encore de tarif.

Le bon réflexe consiste à traiter Copilot comme une ligne budgétaire à deux étages : un coût fixe par poste, que l’on connaît, et un compteur dont on fixe soi-même le plafond. Laisser le second à ses réglages par défaut revient à signer un chèque dont Microsoft remplira le montant.

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