Fable 5.1 et GPT-6 Astra, même prix affiché et facture différente

Fable 5.1 contre Astra : tout se joue sur deux lignes de facture

Dix dollars le million de jetons en entrée, cinquante en sortie. C’est le tarif de Claude Fable 5.1, sorti le 1er septembre. C’est aussi, au centime près, celui de GPT-6 Astra, sorti 48 heures plus tard. Même fenêtre de contexte à un rabiot près, même plafond de sortie à 128 000 jetons, et deux modèles que leurs éditeurs présentent l’un et l’autre comme leur pointe pour le travail agentique de longue haleine.

Les deux grilles ne se ressemblent pourtant que sur les deux premières lignes. En dessous, elles partent dans des directions opposées, et c’est là que se joue la facture réelle.

Anthropic divise le cache par quatre, OpenAI double au-delà de 272 000 jetons

La lecture de cache est la ligne que personne ne regarde à l’achat et que tout le monde paie à l’usage. Elle se déclenche dès qu’un appel renvoie un contexte déjà traité : une base documentaire, un historique de conversation, les instructions d’un agent qui repassent à chaque tour.

Anthropic l’a fait tomber à 0,25 dollar le million de jetons, contre 1,00 dollar chez OpenAI. Un quart du prix. L’éditeur chiffre le gain à environ 25 % sur une charge courante et jusqu’à 45 % sur du travail fortement agentique, sans toucher au prix d’entrée ni de sortie. Les écritures de cache, elles, restent à 12,50 dollars des deux côtés.

Dans l’autre sens, OpenAI a posé un palier que Fable 5.1 n’a pas : au-delà de 272 000 jetons en entrée, l’entrée passe à 20 dollars et la sortie à 75, pour la requête entière et pas seulement pour la part excédentaire.

Deux grilles tarifaires, six lignes, deux écarts

Ligne de factureClaude Fable 5.1GPT-6 Astra
Entrée (1 M de jetons)10,00 $10,00 $
Sortie (1 M de jetons)50,00 $50,00 $
Écriture de cache (5 min)12,50 $12,50 $
Lecture de cache0,25 $1,00 $
Au-delà de 272 000 jetons en entréepas de palier20 $ et 75 $ sur toute la requête
Fenêtre de contexte1 M de jetons1,05 M de jetons

Deux lignes de différence sur six, et elles tirent chacune de leur côté. L’une récompense les charges qui relisent sans cesse le même contexte, l’autre pénalise celles qui envoient de gros dossiers d’un bloc.

Le profil de votre charge décide, pas le prix affiché

Un assistant qui répond sur un corpus documentaire stable relit le même contexte des centaines de fois par jour. C’est précisément le cas où le cache pèse le plus, et où le facteur quatre se voit sur la facture mensuelle. Un agent qui enchaîne les tours, en repassant à chaque étape son historique et ses instructions, se trouve dans la même situation, en pire.

À l’inverse, une chaîne qui avale un dossier volumineux en une fois, un appel d’offres complet, un jeu de contrats, une base de code entière, touche vite le palier des 272 000 jetons. Le cache ne la sauve pas, puisqu’il n’y a rien à relire.

Le temps entre aussi dans le calcul, et il penche de l’autre côté. Anthropic classe lui-même la latence de Fable 5.1 comme plus lente que celle du reste de sa gamme, quand OpenAI a fait de la vitesse son argument de vente, avec des tâches d’ordinateur bouclées en une quarantaine de minutes au lieu de 75 pour la génération précédente. Sur une chaîne où quelqu’un attend le résultat pour enchaîner, ces minutes se paient en salaire, pas en jetons.

Autrement dit, deux entreprises qui paient le même tarif affiché peuvent avoir des factures très différentes selon la forme de leurs appels. La comparaison utile ne se fait pas sur la ligne d’entrée, elle se fait sur un échantillon de sa propre charge, mesuré des deux côtés.

OpenAI publie lui-même l’indice où Fable 5.1 le devance

Sur les épreuves, chacun gagne chez soi, ce qui n’étonnera personne. Anthropic met en avant le codage en terminal, où Fable 5.1 marque 55,8 % sur Terminal-Bench 4.0 contre 42,0 % à Fable 5, et la recherche scientifique, où il passe de 24,7 % à 52,6 %, soit plus du double en trois mois. OpenAI met en avant l’usage de l’ordinateur et les tâches professionnelles, où Astra devance Fable 5.1 sur AutomationBench, 41,4 % contre 31,4 %, et sur BenchCAD, 95,9 % contre 84,3 %.

Le détail intéressant est ailleurs. Dans son propre tableau d’annonce, OpenAI reprend l’indice d’intelligence d’Artificial Analysis, un arbitre extérieur. Fable 5.1 y obtient 65,7, Astra 61,2. L’éditeur publie donc, dans le document qui vend son modèle, la mesure indépendante où son concurrent passe devant. Sur l’indice des agents de code de la même maison, le classement va dans le même sens, 70 contre 67.

Mythos 5.1 reste sous clé, et Anthropic déconseille son propre haut de gamme

Anthropic a livré le même jour Claude Mythos 5.1, techniquement identique à Fable 5.1 mais doté de garde-fous plus permissifs, réservé aux participants de son programme Glasswing en cybersécurité et en sciences de la vie. C’est la continuation du pattern des modèles frontière bridés : les mêmes capacités, deux régimes d’accès, l’un ouvert et l’autre sur invitation.

Les garde-fous de la version publique ont bougé aussi. Anthropic annonce 60 % de faux positifs en moins sur les sujets de cybersécurité, ce qui compte pour quiconque a vu un assistant refuser d’analyser un journal d’erreurs, et 85 % de blocages en moins sur des contenus biologiques inoffensifs.

Une recommandation, enfin, mérite d’être lue deux fois, parce qu’elle vient de l’éditeur lui-même : sa documentation conseille de démarrer sur Claude Opus 5, facturé 5 et 25 dollars, et de ne passer à Fable 5.1 que pour le raisonnement exigeant et l’agentique de longue durée, ou quand les tests sur Opus 5 restent insuffisants. Le haut de gamme n’est pas présenté comme le choix par défaut.

Trois ruptures à connaître avant de migrer

Qui appelle déjà Fable 5 ne peut pas se contenter de changer l’identifiant du modèle. Trois comportements changent : l’usage forcé d’un outil renvoie désormais une erreur, les modèles antérieurs ne savent plus lire les blocs de raisonnement produits par Fable 5.1, et modifier un tour de conversation déjà passé invalide ces mêmes blocs.

Rien d’insurmontable, mais ce sont exactement les points qui cassent une chaîne en production sans prévenir, et qui transforment une mise à jour d’une ligne en après-midi de débogage. Le reste des nouveautés s’ajoute sans rien casser : effort réglable en cours de conversation, messages système limités à un tour, comptes rendus de progression entre deux appels d’outils.

Pour le choix de fond, notre comparatif des modèles reste le point de départ. Mais entre deux modèles vendus au même prix, la question n’est plus vraiment lequel est le meilleur : c’est lequel coûte le moins cher à faire tourner sur la charge qu’on lui destine, et cette réponse-là ne figure sur aucune page de tarifs.

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