Claude Code

Claude Code : à quoi ça sert, comment ça marche et quels débouchés ?

Il y a quelque chose d’un peu particulier à écrire cet article. Je l’ai rédigé avec Claude Code — l’outil dont je vais vous parler. Pas en lui demandant de tout générer, mais en lui confiant l’organisation de la recherche, la gestion des fichiers, la structure du projet. C’est exactement son usage : agir sur des tâches bien définies plutôt que simplement répondre à des questions.

C’est aussi, d’emblée, une limite à signaler : cet article est écrit avec Claude Code, sur Claude Code, par quelqu’un qui l’utilise quotidiennement. Ce n’est pas un test indépendant. Gardez ça en tête — et je tâcherai d’être aussi honnête que possible.


Qu’est-ce que Claude Code ?

Claude Code est un agent de développement logiciel créé par Anthropic, la société derrière le modèle d’IA Claude. Disponible depuis votre terminal, votre IDE, une application desktop ou directement dans le navigateur, il ne se contente pas de répondre à vos questions : il lit votre code, réfléchit, exécute des actions, corrige ses erreurs et recommence jusqu’à accomplir l’objectif que vous lui avez fixé.

La distinction centrale, c’est assistif vs agentique. Les outils comme GitHub Copilot suggèrent, complètent, proposent. Vous restez aux commandes à chaque frappe. Claude Code, lui, fonctionne davantage comme une délégation : vous décrivez un objectif, il exécute un plan sur plusieurs fichiers, lance les tests, lit les erreurs, corrige. Il ne demande pas votre avis à chaque étape — sauf si vous le configurez pour ça.

Précision importante : Claude Code n’est pas le seul outil de ce type. OpenAI a lancé son propre agent Codex (basé sur GPT-5), Google propose Gemini CLI et Gemini Code Assist. Le marché des agents de développement est en pleine effervescence, et Claude Code y joue un rôle de premier plan — mais pas sans concurrence sérieuse.


Comment ça marche ?

La boucle agentique

Le fonctionnement repose sur une boucle agentique : raisonnement → action → observation → raisonnement, répété jusqu’à atteindre l’objectif (ou jusqu’à bloquer).

Concrètement pour chaque tâche :

  1. Il lit les fichiers pertinents du projet
  2. Il raisonne sur ce qu’il faut faire
  3. Il exécute : modifie des fichiers, lance des commandes
  4. Il observe les résultats (erreurs, logs, tests)
  5. Il recommence si nécessaire

Ce qui le distingue d’un simple LLM, c’est la persistance : il ne s’arrête pas après avoir généré une réponse.

Subagents, Hooks, MCP

Pour les tâches complexes, Claude Code peut spawner des subagents — des instances parallèles spécialisées sur des sous-tâches distinctes. Un agent travaille sur le backend, un autre sur le frontend, simultanément.

Les Hooks sont des déclencheurs automatiques à des moments précis : lancer les tests après une modification, linter avant un commit, bloquer une opération risquée. C’est ce qui permet d’installer des garde-fous autour de l’agent.

Le Model Context Protocol (MCP) est un standard ouvert pour connecter l’agent à des outils externes : GitHub, bases de données, APIs tierces. Sans MCP configuré, Claude Code agit uniquement sur vos fichiers locaux. Avec MCP, il peut créer des branches, commenter des issues, interroger vos APIs internes.

CLAUDE.md : le fichier d’instructions

Chaque projet peut contenir un fichier CLAUDE.md — un document en langage naturel qui instruit l’agent sur vos conventions, votre architecture, vos règles. C’est un levier puissant : bien rédigé, il rend l’agent beaucoup plus pertinent sur votre contexte spécifique. Mais c’est aussi un travail en soi, et qui demande d’être maintenu.


Cas d’usage et gains réels

Les chiffres avancés par Anthropic sont impressionnants : 20 à 55% de réduction du temps par tâche, prototypage 3 à 5x plus rapide, 50% de bugs en moins en production. En juillet 2025, l’outil traitait 195 millions de lignes de code par semaine pour 115 000 développeurs.

Mais ces chiffres viennent d’Anthropic. Ce sont des études internes sur leurs propres ingénieurs, dans un contexte très favorable. Il faut les lire pour ce qu’ils sont : un signal de direction, pas une promesse universelle.

Ce qui est moins contestable, ce sont les usages concrets que les développeurs documentent :

  • Développement de features complètes sur plusieurs fichiers à partir d’une description
  • Débogage (un bug C++ de 4 ans résolu en quelques minutes via analyse de stack traces)
  • Refactoring de base de code sans casser les tests
  • Onboarding accéléré sur un codebase inconnu
  • Automatisation des tâches répétitives qu’on repousse toujours

La tendance documentée entre février et août 2025 est réelle : l’usage pour des features importantes est passé de 14% à 37% des tâches, signe d’une adoption plus profonde que le simple « aide-moi à écrire du boilerplate ».


Face aux concurrents : le tableau honnête

Claude Code n’évolue pas dans le vide. Voici où il se situe réellement.

OpenAI Codex (GPT-5.3-Codex)

Lancé simultanément avec Claude Opus 4.6 le 5 février 2026, Codex est la réponse directe d’OpenAI sur le terrain agentique. Sur Terminal-Bench 2.0, Codex obtient 77.3% contre 65.4% pour Claude. Pour les tâches orientées DevOps, scripts CLI et outils de terminal, Codex est mesuralement plus performant d’après les benchmarks indépendants.

Claude Code garde l’avantage sur les grands codebases (meilleure rétention de contexte sur de longs projets), le raisonnement sur des architectures complexes, et les workflows Git intégrés. Mais prétendre que Claude est « le meilleur » serait inexact — c’est une question de cas d’usage.

Tarif Codex : inclus dans ChatGPT Plus à 20 $/mois, avec 30 à 150 messages par fenêtre de 5h selon les modèles utilisés. Les limites sont différentes mais pas forcément moins contraignantes.

Google Gemini CLI / Gemini Code Assist

Google joue une carte différente : accessibilité. Gemini CLI propose un tier gratuit, avec un accès à Gemini 2.5 Pro. Pour un développeur indépendant ou un étudiant, c’est un avantage considérable que Claude Code n’offre pas (aucun tier gratuit).

Techniquement, Gemini a une fenêtre de contexte de 1 million de tokens — contre 200 000 pour Claude. Pour les très grands codebases, c’est un avantage réel.

En revanche, Gemini Code Assist est davantage orienté IDE (VS Code, JetBrains) et écosystème Google (Angular, Android, Firebase). Claude Code est plus à l’aise sur les workflows terminal et Git multi-technologie.

Le verdict de la communauté : Gemini pour démarrer et pour les projets Google-centric. Claude pour l’autonomie agentique sur des projets complexes. Aucun n’écrase l’autre.

Les autres acteurs à connaître

Cursor est probablement l’outil dont les développeurs parlent le plus entre eux en ce moment — 9 milliards de valorisation, IDE agentique très plébiscité. Il ne joue pas exactement sur le même terrain que Claude Code (édition en flux dans l’IDE plutôt que délégation terminal), mais beaucoup de devs l’utilisent à la place, ou en complément : Cursor pour écrire, Claude pour déléguer une tâche de fond.

Windsurf (Codeium) est un autre IDE agentique sérieux, avec son agent Cascade. Son histoire récente donne une idée de la tension sur ce marché : OpenAI a tenté de le racheter pour 3 milliards (deal avorté), Google a ensuite embauché le CEO et les équipes R&D pour 2,4 milliards en licence, et Cognition rachète ce qui reste. C’est dire à quel point les grands acteurs considèrent ce segment comme stratégique.

GitHub Copilot reste incontournable par sa distribution, même s’il est souvent perçu comme « l’ancien ». Microsoft l’a transformé en plateforme multi-agents : depuis VS Code 1.109 (février 2026), on peut faire tourner Claude, Codex et Copilot agents côte à côte sous un même abonnement. Difficile de l’ignorer quand il est intégré dans l’outil qu’utilisent la majorité des développeurs.

Devin (Cognition) se positionne comme « le premier ingénieur logiciel IA autonome » — plus cher, plus radical dans l’autonomie, avec des benchmarks qui ont fait beaucoup de bruit (et beaucoup de sceptiques). C’est un segment différent, pour des tâches entièrement déléguées sans supervision humaine.

Amazon Q Developer : pertinent uniquement si votre stack vit dans l’écosystème AWS. Redoutable dans ce contexte, quasi-inutile en dehors.

Replit Agent et Bolt.new jouent sur un autre terrain : construire une application complète depuis zéro, depuis le navigateur, sans rien installer. Concurrent direct de Claude Code sur le segment des non-développeurs, pas sur les codebases complexes.

Le tableau synthétique

OutilTypeTier gratuitPoints forts
Claude CodeAgent terminalNon (20 $/mois)Grands codebases, raisonnement, Git
OpenAI CodexAgent terminalNon (20 $/mois)Scripts, DevOps, benchmark terminal
Gemini CLIAgent terminal/IDEOuiAccessibilité, 1M tokens contexte
CursorIDE agentiqueLimitéMulti-file editing, flow state
WindsurfIDE agentiqueLimitéCascade agent, indexation codebase
GitHub CopilotIDE + agentsNon (10 $/mois)Distribution, intégration VS Code
DevinAgent autonomeNon (cher)Autonomie totale, sans supervision
Replit / BoltCloud app builderPartielApp from scratch, no-install, non-devs

Ce que Claude Code ne fait pas bien — vraiment

La section « limites » dans beaucoup d’articles ressemble à un cache-misère : deux lignes de critique pour vingt d’éloge. Faisons mieux.

Les rate limits : un problème structurel, pas anecdotique

En juillet 2025, Anthropic a imposé des limites hebdomadaires d’utilisation. La justification officielle — des abus d’une minorité d’utilisateurs laissant Claude tourner 24/7 ou revendant leurs accès — est peut-être fondée. Mais la réalité pour l’utilisateur lambda est la suivante : un abonné Pro à 20 $/mois peut se retrouver bloqué après 1h30 à 2h d’usage intensif.

Pour un outil positionné comme « délégation de tâches longues », c’est une contradiction structurelle. La communauté l’a dit clairement et assez violemment sur les réseaux. La réponse d’Anthropic ? Des explications tardives et peu précises sur les quotas exacts.

Ce n’est pas un bug. C’est une décision business. Et elle affecte directement la proposition de valeur de l’outil.

La confiance aveugle : le risque sous-estimé

Claude Code peut modifier vos fichiers, lancer des commandes, interagir avec des outils externes. Il le fait bien, la plupart du temps. Mais « la plupart du temps » n’est pas « toujours ».

Des cas documentés existent : suppression de fichiers non demandée, refactoring qui casse des dépendances non vues, commits trop agressifs. Sans Hooks configurés et sans relecture systématique, vous vous exposez à des modifications que vous ne souhaitiez pas. La confiance dans l’agent ne doit pas remplacer la vigilance sur les sorties.

Le coût réel à l’usage intensif

20 $/mois semble raisonnable. Mais dès qu’on dépasse un usage modéré, les limites du plan Pro deviennent bloquantes. Le plan Max à 100-200 $/mois est alors nécessaire pour travailler sérieusement. À ce tarif, la comparaison avec un abonnement Copilot Pro à 10 $/mois devient plus compliquée à justifier — même si les usages ne sont pas les mêmes.

La dépendance propriétaire

Claude Code est construit autour de conventions propriétaires : CLAUDE.md, Hooks, sous-agents Anthropic. Plus vous investissez dans la configuration de votre workflow, plus vous êtes liés à l’écosystème Anthropic. MCP est un standard ouvert, ce qui est positif. Mais si demain Anthropic change sa politique tarifaire ou ses modèles, migrer n’est pas trivial.

La verbosité (vraiment)

Claude a tendance à tout expliquer, tout justifier. Pour un développeur expérimenté qui veut une confirmation brève, c’est un frottement constant. La configuration dans CLAUDE.md peut atténuer le problème, mais ne le supprime pas entièrement.


Quels débouchés ?

Pour les développeurs : mutation, pas disparition

La vraie question n’est pas « Claude Code va-t-il remplacer les développeurs ? » mais « qu’est-ce qui va monter en valeur ? »

Les tâches qui se délèguent bien : boilerplate, migrations, tests unitaires répétitifs, documentation, petits refactorings. Ce qui reste difficile à automatiser : l’architecture système, la définition des contraintes, la compréhension des besoins métier, la validation critique des outputs de l’agent.

Les développeurs qui s’adaptent le mieux ne sont pas ceux qui utilisent le plus l’outil, mais ceux qui savent quand lui faire confiance et quand reprendre la main. C’est une compétence nouvelle, distincte de la programmation classique.

Pour les non-développeurs : les promesses et les pièges du vibe coding

Le « vibe coding » — décrire ce qu’on veut et laisser un agent implémenter — a gagné en visibilité en 2025. Des product managers, des consultants, des créateurs de contenu construisent leurs propres outils. C’est réel.

Ce qui l’est tout autant, c’est que beaucoup de ces outils sont fragiles. Code écrit par un agent non relu par quelqu’un qui comprend le code, c’est du code dont personne ne maîtrise réellement le comportement. Des cas de failles de sécurité, de données mal gérées, de bugs silencieux dans des outils « vibe-codés » ont commencé à émerger.

Le vibe coding est un vrai levier de productivité. Mais la compétence pour l’utiliser sainement — savoir lire et valider du code même si on ne l’écrit pas — reste nécessaire.

Pour les entreprises : un écosystème à construire

L’Agent SDK d’Anthropic (Python et TypeScript) permet de construire ses propres agents basés sur les mêmes capacités que Claude Code. C’est un marché qui s’ouvre, avec de vraies opportunités pour des agences et des développeurs indépendants qui se positionnent sur l’intégration d’agents métier custom.

Le risque, comme toujours dans les écosystèmes émergents : parier trop tôt sur une technologie propriétaire qui pourrait évoluer, se consolider ou être dépassée en 18 mois.


Ce qu’on ne sait pas encore

Quelques zones grises que personne ne peut vraiment trancher aujourd’hui :

  • L’impact réel sur l’emploi des développeurs juniors : les tâches déléguées à Claude Code sont souvent les tâches d’entrée de gamme. Qu’est-ce que ça signifie pour ceux qui apprennent à coder ?
  • La qualité du code produit à grande échelle : les études actuelles mesurent la vitesse. La maintenabilité à long terme d’un codebase « co-écrit » avec un agent est une question ouverte.
  • L’atrophie des compétences : c’est peut-être la question la moins posée et la plus importante. Un développeur qui délègue systématiquement à Claude Code finit par ne plus lire le code qu’il « produit ». Il perd la capacité à déboguer sans l’agent, à comprendre les choix d’architecture qui ont été faits, à reprendre la main si l’outil est indisponible ou si les résultats sont silencieusement faux. L’analogie avec le GPS est souvent citée : on est devenus meilleurs pour se déplacer, et bien pires pour s’orienter. La question pour les développeurs n’est pas « est-ce que l’IA code bien ? » mais « est-ce que je comprends encore ce que je livre ? »
  • La concentration du marché : Anthropic, OpenAI, Google se partagent aujourd’hui ce marché. Dans 3 ans, quelle sera la marge de manœuvre des développeurs qui auront investi dans ces écosystèmes propriétaires ?

En résumé

Claude Code est un outil sérieux qui change concrètement la façon de travailler pour beaucoup de développeurs. Sa capacité à raisonner sur des codebases complexes, à orchestrer des tâches multi-fichiers et à s’intégrer dans des workflows Git est réelle et documentée.

Mais il a des concurrents directs (OpenAI Codex, Gemini CLI) qui surpassent certains de ses benchmarks et offrent plus d’accessibilité. Ses limites d’utilisation sont une frustration structurelle, pas marginale. Et le risque de dépendance propriétaire mérite réflexion avant d’investir massivement dans la configuration de son écosystème.

L’outil vaut la peine d’être testé. L’utiliser avec discernement est une compétence à part entière.

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